← Tous les articles
Digital & IAAnalyse · 7 min de lecture · LUCID

L'informatique n'est pas votre métier : voilà pourquoi elle vous coûte cher

Trois entreprises belges sur cinq font tourner leur activité sur un ERP. Presque aucune petite structure ne sait chiffrer ce qu'une journée de panne lui coûte réellement. Entre les deux, il y a un angle mort : l'informatique est devenue une infrastructure critique, mais elle reste traitée comme une ligne de dépense à comprimer. Et le seul interlocuteur qui conseille le dirigeant est souvent celui qui a quelque chose à lui vendre. Le vrai sujet n'est donc pas le budget. C'est de savoir qui, dans la pièce, défend vos intérêts. Premier volet de notre série sur l'ICT en PME, consacré à l'informatique.

Dans une TPE ou une PME, l'informatique occupe une place étrange. Elle porte l'activité de bout en bout, la prise de commande, la facturation, les stocks, la relation client, la paie, et pourtant elle reste rarement un sujet de direction. Les chiffres belges sont pourtant sans ambiguïté : selon l'enquête Statbel 2025, trois entreprises sur cinq utilisent un ERP, deux sur cinq un CRM, trois sur dix un outil d'informatique décisionnelle. Autrement dit, la majorité des entreprises du pays ne fonctionnent plus sans leurs outils. Le paradoxe est là. Ce qui est devenu vital continue d'être piloté comme un poste accessoire, par des dirigeants qui n'ont ni le temps ni la formation pour le faire, et qui n'ont pas à en avoir : ce n'est pas leur métier.

Le coût que personne ne calcule

Demandez à un dirigeant ce que lui coûte son informatique, il citera un montant : les licences, l'abonnement, le contrat de maintenance, le matériel amorti. Ce montant est le seul visible, et c'est celui qu'il cherche à réduire. Demandez-lui maintenant ce que lui coûterait une journée sans ERP, sans messagerie, sans accès aux données clients. Le silence est fréquent. Les ordres de grandeur relayés par le secteur situent le coût d'une heure d'arrêt entre cinq cents et cinq mille euros pour une PME, selon l'activité et la taille, et une même analyse relève que moins d'une PME sur huit sait chiffrer cet impact avec précision. Le problème n'est pas la panne, elle finira par arriver. Le problème est de décider d'un budget de protection sans avoir jamais calculé le risque qu'il couvre. Sans ce calcul, toute discussion informatique se réduit à un marchandage de prix, et le dirigeant tranche à l'aveugle.

Les chiffres clés
  • 3 sur 5entreprises belges font tourner leur activité sur un ERP (Statbel, enquête TIC 2025)
  • 500 à 5 000 €coût estimé d'une heure d'arrêt pour une PME, selon l'activité (ordres de grandeur du secteur)
  • ~30 %des dépenses logicielles qualifiées de dépense inutile, licences et fonctions jamais employées (Gartner, relayé)

Le gaspillage silencieux

L'autre moitié du sujet est moins spectaculaire, et plus coûteuse dans la durée. Les analyses de Gartner, largement relayées par les plateformes de gestion logicielle, estiment qu'environ trente pour cent des dépenses en logiciels ne produisent aucune valeur : sièges payés pour des collaborateurs partis, niveaux de licence supérieurs au besoin réel, fonctions jamais activées. S'y ajoutent les doublons, avec une moyenne de plusieurs abonnements qui font la même chose dans une même maison, parce que chaque service a acheté le sien. Dans une grande entreprise, cette dérive se dilue dans un budget large. Dans une PME de trente personnes, elle représente parfois l'équivalent d'un temps plein. Et personne ne la voit, car la ligne est petite chaque mois, régulière, et jamais réexaminée. Le gaspillage informatique ne se manifeste pas par une facture choquante. Il s'installe par accumulation, à bas bruit.

« Le budget informatique visible est celui que l'on négocie. Le coût réel est celui que l'on ne calcule jamais : l'arrêt, le doublon, la dépendance. »
Principe LUCID

Le conflit d'intérêt structurel du fournisseur

Vient alors la question centrale, et elle n'est pas une question de morale. Quand un dirigeant de PME doit décider d'un changement de serveur, d'un passage au cloud, d'un nouvel ERP ou d'un renforcement de sa sécurité, à qui demande-t-il conseil ? La plupart du temps, à son fournisseur informatique. C'est logique, c'est l'interlocuteur disponible et compétent. C'est aussi celui dont le revenu dépend de la solution qu'il recommande. Il n'y a là ni malhonnêteté ni mauvaise intention : un fournisseur sérieux fait bien son travail, qui est de vendre et de livrer ce qu'il maîtrise. Mais son catalogue borne son conseil. Il ne dira jamais spontanément que la meilleure décision serait de ne rien acheter cette année, de prolonger l'existant dix-huit mois, ou de retenir un produit qu'il ne distribue pas. Ce n'est pas son rôle. Le déséquilibre est structurel : d'un côté une partie qui connaît le sujet et a un intérêt au résultat, de l'autre une partie qui ne connaît pas le sujet et signe.

Le même mécanisme existe ailleurs et personne ne s'en offusque. On ne demande pas au vendeur de la concession quelle marque acheter. On ne confie pas l'audit des comptes à celui qui les tient. Dans le domaine informatique, cette séparation élémentaire entre celui qui conseille et celui qui vend n'existe presque jamais dans les petites structures. C'est la première cause des décisions coûteuses, bien avant l'incompétence technique.

Ce que change un prestataire dont l'intérêt est aligné

La réponse n'est pas de se méfier des fournisseurs, ni de recruter un informaticien que la structure ne peut pas financer à temps plein. Elle est d'introduire une compétence dont le mandat est de défendre l'intérêt de l'entreprise, et rien d'autre. Concrètement, cela change quatre choses. Le besoin est écrit avant de regarder les offres, ce qui empêche le catalogue de définir le problème. Le coût est calculé sur la durée de vie complète, migration, formation, sortie comprises, et non sur le prix d'entrée. Les contrats sont lus, en particulier les clauses de réversibilité, celles qui déterminent si vous pourrez partir dans trois ans sans reconstruire votre système. Enfin, quelqu'un mesure ce qui a été promis, ce qui suffit souvent à faire tenir les engagements. Ce n'est pas de la technique de haut vol, c'est de la gouvernance élémentaire appliquée à un domaine qui en a été privé. Et le résultat se lit dans les deux colonnes à la fois : moins de dépense inutile, moins de risque d'arrêt.

Une infrastructure gouvernée, pas un poste de dépense

Le rapport des pannes de l'Uptime Institute pour 2024 apporte un dernier enseignement utile. Un peu plus de la moitié des interruptions proviennent de problèmes informatiques et réseau, souvent liés à des erreurs de configuration ou à un changement mal conduit. Presque rien d'exotique, presque rien qui relève de la haute technologie. Ce sont des défauts de méthode, pas de matériel. La conclusion pratique pour une TPE ou une PME est donc encourageante : il n'est pas nécessaire de devenir expert pour reprendre la main. Il suffit de traiter l'informatique comme n'importe quelle fonction critique de l'entreprise, avec un responsable identifié, un budget justifié par un risque calculé, des contrats relus et un interlocuteur dont l'intérêt est aligné sur le vôtre. Ce n'est pas votre métier, et cela ne le deviendra pas. Raison de plus pour ne pas laisser ceux qui vendent être les seuls à décider. Précisons enfin le périmètre : l'ICT compte deux versants. Celui-ci traite l'informatique. Le second, les communications et le télécom, obéit à la même logique de gouvernance mais à un cadre légal belge qui lui est propre, et fait l'objet d'un article distinct.

Sources

Statbel, enquête 2025 sur l'utilisation des TIC et de l'e-commerce dans les entreprises : trois entreprises sur cinq utilisent un ERP, deux sur cinq un CRM, trois sur dix un outil décisionnel · Uptime Institute, analyse annuelle des pannes 2024 : un peu plus de la moitié des interruptions liées à des problèmes informatiques et réseau, souvent des erreurs de configuration ou de gestion du changement · ITIC, rapport 2024 sur le coût horaire des arrêts : la sécurité citée comme première cause d'interruption par une large majorité d'entreprises · Estimations Gartner relayées par les plateformes de gestion logicielle : environ trente pour cent des dépenses logicielles sans valeur, environ un quart des budgets perdus en droits non utilisés, plusieurs abonnements en doublon par organisation · Ordres de grandeur du coût horaire d'un arrêt pour une PME (cinq cents à cinq mille euros) et part des PME capables de le chiffrer, relayés par les acteurs du secteur · Note méthodologique : les chiffres de gaspillage logiciel et de coût d'arrêt proviennent majoritairement d'acteurs du marché et de moyennes internationales. Ils sont à lire comme des ordres de grandeur et à recalculer sur votre propre activité.

Ce sujet vous concerne ?

La première conversation de 30 minutes est offerte. C'est là que ça se cadre, sans engagement.

À lire aussi